Ma cie techno de 4 pers et 0 ventes vaut 25M$

14 02 2010

“Ca fait 4 ans que nous développons cette technologie révolutionnaire et nous avons un brevet! Nous sommes les seuls à pouvoir offrir cette solution sur un marché immense. En plus, nous sommes sur le point de signer une entente avec un client vraiment stratégique qui nous ouvrira des portes rapidement pour que nous dominions l’Amérique du nord d’ici 2011. Nous estimons que notre compagnie vaut 25M$ et nous sommes très conservateurs. Nous sommes donc à la recherche de 400 000$ et sommes prêts à donner 2% d’équité. C’est très raisonnable.” fondateurs de XYZ technologies.

Ok j’exagère peut-etre un peu…mais à peine. Et vous savez quoi? Je les comprends les fondateurs de toutes les XYZ technologies de ce monde. C’est vrai que ca fait 4 ans qu’ils travaillent à développer une technologie révolutionnaire, pratiquement sans salaire et qu’ils ont enfin leur brevet. C’est vrai qu’ils ont fait leurs devoirs et ont chiffré le marché. C’est vrai aussi qu’il sont SUR LE POINT de signer une entente stratégique avec un gros partenaire. Bon, le fait que c’est la première fois qu’ils font cela et que le partenaire en question est un requin la plupart du temps leur échappe mais donnons la chance au coureur, voulez-vous?

Donc les fondateurs de XYZ Technologies vont voir des investisseurs, confiants. Ceux-ci leur répondent que leur compagnie vaut 1M$…et XYZ Technologies repartent insultés de leur meeting.

Qui a raison? Ni l’un, ni l’autre.

Un investisseur détermine la valeur d’une compagnie par une formule qui lui donne la valeur nette présente (Net Present Value ou NPV). Dans le cas d’une nouvelle entreprise, c’est plutôt difficile à faire puisque les prévisions du cash-flow et des ventes sont approximatives. Meme si celles-ci peuvent être estimées, comment peut-on décider quel est le prix juste des parts de l’entreprise?

Je m’avance ici dans sur un terrain un peu miné et je le fais quand même parce que c’est quelque chose d’essentiel à savoir pour un entrepreneur. Prenez bonne note que je n’ai pas de formation formelle en finance et que vous devez aller voir quelqu’un de certifié d’une firme comptable qualifiée et qui a toutes les compétences requises pour avoir l’heure juste. Cet article a pour but de vous aider à faire une estimation plus juste de votre côté, avant de voir cette personne. Je ne le répèterai jamais assez, un avis professionnel légal et financier est essentiel pour une entreprise. C’est de l’argent bien investi; croyez-moi.

Donc allons-y avec la compagnie fictive XYZ Technologies. Les chiffres sont très simples pour faciliter l’exemple. Vous pouvez retrouver cet exemple et beaucoup plus de détails sur la valorisation d’une compagnie dans le livre Technology Ventures, from Idea to enterprise de Richard C. Dorf et Thomas H. Byers, au chapitre 18. Et il existe d’autres façons de le faire, ceci est un exemple.

On utilise les prévisions de ventes, profits et cash-flow pour une année donnée (N) et les prévision du taux de croissance de revenu (g) pour les 5 années après l’année N. L’investissement (I) est fait au début de l’année 1.L’investisseur requiert un retour annuel (G) pour N années.

Donc, les investisseurs s’attendent à un retour de capital après N années de (1 + G)n

RC = (1 + G)n X I

= M x I

Où RC est le retour de capital et M est le multiple de l’investissement (I). Donc si on investit 1.1M$  et qu’on s’attend à un retour sur investissement (G) de 45% sur une période de 5 ans ca donne :

M=(1 + 0,45)5 = 6,41

Alors

RC= M x I = 6,41 X 1.1 = 7,05

Le pourcentage d’équité demandé par l’investisseur sera donc de

PE = CR/VM x 100%

Où VM est la valeur prévue de la compagnie sur le marché dans N années.

Pour calculer cette valeur prévue (VM) on peut utiliser le principe du ratio appelé en anglais Price-to-earnings ou PE. Ce ratio est obtenu en regardant l’industrie et en estimant le taux de croissance des revenus dans les années à venir. Dans cet exemple, on pourrait prévoir une croissance de 20% pour plusieurs années suivant l’année 5. Alors, en examinant les données de l’industrie (a l’époque de où cet exemple a été donné à l’origine), on estime que le PE approprié est 16. Standards and Poor’s est une bonne source pour ces données sur le marché américain. Voir ce graphique pour vous donner une idée du ratio PE en ce moment.

Allez, on ne me lâche pas ; c’est pas si compliqué que ca ! 

VM = PE x RP

Où RP représente les profits prévus à l’année N. Dans cet exemple pour l’année 5, les profits prévus sont de 1 000 000$.

Nous avons donc, avec un PE de 16

VM = 16 x 1 000 000$

= 16 000 000$

Le pourcentage d’equité requis est donc

PE = CR/VM x 100%

 

=7,05/16,00 x 100% =44%

 En utilisant ce calcul, un investisseur pourrait donc s’attendre de façon raisonnable à recevoir 40 à 50% de la compagnie à cette série A (la première) d’investissement. Étant donné l’incertitude des projections de ventes et profits, la valeur de la compagnie est bien sûr une fonction du potentiel qu’a la compagnie d’atteindre beaucoup de succès en peu de temps. Cet exemple simpliste d’ailleurs suppose qu’aucun autre investissement n’est requis durant cette période de 5 ans. Mais bon, vous comprenez le principe non?

Quand à XYZ technologies, tant qu’ils n’ont pas démontré leur capacité de succès à court terme, c’est très difficile d’évaluer la valeur de leur compagnie. C’est entre autres pour cela que plusieurs investisseurs en capital de risque (VC) disent souvent “ah nous on ne fait pas de pré-revenus”. C’est aussi pour cela que ca prend du capital des fondateurs, des subventions et de l’argent d’anges investisseurs (qui utilisent rarement des ratio de retour sur investissement aussi hauts que les VC) et des VENTES au plus vite! 

Et si vous croyez que je viens de vous dire un paquet de niaiseries et que vous avez d’autres solutions et façons de faire à apporter, svp donnez-les nous dans les commentaires! :)

 Bon, je vous suggère un petit sudoku pour vous reposer l’esprit là. :)

Isabelle.

 

 





Evaluer une opportunité de marché

4 02 2010

“Ce qui est fantastique en plus c’est que notre technologie est adaptable pour 8 marchés. Nous sommes des opportunistes, nous allons accepter les demandes de tous les clients pour commencer. C’est logique au fond. On fait une étude de marché LIVE si on y pense bien. ” – M. pdg d’une nouvelle startup

C’est plein de bon sens, non?

Non. “C’est bon pour tout!” c’est une grosse erreur à faire. Vous voulez savoir ce que je  réponds à ça en général?

“Avez-vous 8 stratégies différentes de ventes et de marketing? Par exemple, ca va vous prendre une personne qui vient du marché du médical, un blog crédible pour ce secteur, une présence sur les conférences majeures. Ensuite, ca va vous prendre une personne pour le domaine de l’automobile avec le réseau solide qui vient avec, si possible une formation  en génie mécanique, une passion pour l’automobile et une présence dans les événements de cette industrie. Et ainsi de suite… Bon vous vous dites que c’est pas pour tout de suite de toutes façons. Mais vous ne les percerez pas, ces marchés, si vous ne faites qu’effleurer avec un petit projet-pilote chaque fois qu’un client d’un nouveau secteur vous approche. Cette stratégie est la meilleure pour devenir un petit “centre de recherche privé” qui développe des produit sur mesure qui demande beaucoup de ressources et de temps pour chaque client. C’est la meilleure façon de reculer au plus loin possible le moment où vous aurez un vrai produit à vendre avec des revenus réguliers”

Alors, comment fait-on pour le choisir ce fameux marché? Parce que si notre solution est “bonne pour tout”, il va bien falloir commencer quelque part!

Voici un petit coup de main pour votre réflexion. D’abord, outre par sa taille, (voir mon dernier billet-acétate 2)on définit un marché cible par 4 choses:

  1. Produits similaires déjà sur ce marché. On revient au principe ” pas de compétition, pas de marché!”. Le fameux statut quo peut être la compétition ici mais c’est rarement le cas. Faites de vraies recherches. Vous remplacez nécessairement quelquechose.
  2. Proposition de valeur similaire déjà sur ce marché. Par exemple, il existe déjà des formateurs traditionnels pour pompiers  qui veulent assurer le facilité d’accès à la formation continue obligatoire, réduire le temps consacré à l’organisation des formations et partager le matériel de préparation rapidement et facilement. Educexpert est une compagnie qui se spécialise dans ce marché et y amène la nouvelle dimension du e-learning. Même s’ils innovent avec cet apport, la proposition de valeur existe déjà. Et c’est une bonne chose.
  3. Processus de vente similaires déjà sur ce marché. Attention ici, on ne parle pas de limiter l’innovation de modèle d’affaires. C’est plutôt que des clients achètent déjà du SAS ou des chefs de départements d’hopitaux achètent déjà des équipements médicaux, etc.
  4. Bouche à oreille. Celui-là, il sonne drôle après ces 3 concepts connus, non? C’est que la présence du bouche à oreille dans un marché indique qu’une vraie communauté y existe. De plus, c’est la meilleure façon de fidéliser et d’attirer des clients.

On identifie un marché en se posant ces questions pour aiguiller notre réflexion. On en a donc trouvé 4 ou 5. Maintenant il faut choisir lequel on attaquera en premier.

Je vous suggère ces questions pour prioriser votre liste:

  • Les clients ont-ils de l’argent?
  • Quelle est leur grande motivation à acheter, leur ” manque” est-il vraiment intense?
  • Pouvons-nous, aujourd’hui (avec l’aide de partenaires si nécessaire) livrer un produit totalement satisfaisant pour nos clients?
  • Pouvons-nous prévoir des résultats importants au niveau de notre croissance dans ce marché d’ici 2 ans?

Répondez ensuite à chaque question par 0, 1 ou 2. 0 étant “peu ou pas”, 1 “neutre” et 2 “supérieur”. Le total vous aidera à prendre votre décision. Encore là, votre jugement a le dernier mot!

Isabelle.





Dans les souliers du pdg

30 01 2010

Dimanche dernier, le 24 janvier 2010 a 10h30, j’étais enfin assise dans l’avion qui me mènerait à Boston pour une semaine de “bootcamp” au MIT Soan school of management. Malgré l’heure et demi à attendre en file pour passer la sécurité a Toronto, j’avais mal aux joues à force de sourire. Voyez-vous, ca fait 3 ans que je rêve d’aller faire cette formation appelée “Entrepreneurial Development Program” où une centaine de participants de 30 pays différents (choisis parmi 300 demandes) viennent passer une semaine au MIT pour des cours sur l’entrepreneuriat technologique de très haut niveau. Voici un apercu du contenu  

Avec le soutien de mes patrons, me voilà donc partie pour cette semaine intensive. J’avais bien fait toutes mes lectures préalables, répondu aux questions de réflexion sur 3 études de cas passionnantes et je partais donc vers l’aventure.

En arrivant au cocktail d’ouverture dans le grand Hall du Sloan school of management, on nous donne tout de suite une tâche. “Bienvenue étudiants de EDP 2010. Voici une grille sommaire d’un projet d’entreprise. Vous avez 2 minutes pour la remplir avec une bonne idée d’entreprise réelle ou non. Ensuite, à mon signal, vous aurez a présenter votre projet à 7 personnes du groupe en 3 minutes. Après avoir aussi écouté l’autre, vous devez vous entendre pour vous séparer 7M$ en 1 min. Soyez justes et honnêtes. Vous avez donc l’opportunité de “lever” 49M$ pour votre startup en moins d’une heure. GO!”

Pour ceux qui ne savent pas ce que je fais dans mon “day job”, je suis directrice de l’entrepreneuriat technologique chez POLE. POLE est l’agence de développement économique de la région de Québec. Je vous entends déjà: “ah ok, une genre de fonctionnaire qui travaille de 9h30 a 16h00 4 jours par semaine et met ses lunchs sur son compte de dépenses quand elle rejoint une amie à l’Aviatic le vendredi et se croit bien proche des entrepreneurs…” Euh, non. Disons que je sais ce que vous faites, entrepreneurs, et que je vous admire beaucoup. Je crois aussi pouvoir m’identifier à vous fortement étant une “intrapreneur” au sein de mon organisation. Je suis la personne derrière Devtech 50, les workshops avec Derby Management, avec le MIT et le coaching d’au moins 4 startups chaque semaine. J’applique vraiment le principe de faire ce qu’on aime dans la vie sans compter ses heures. C’est la clef du bonheur…mais ca c’est un sujet pour un autre article.

Revenons dans le hall du MIT. Je remplis en vitesse ma feuille à partir du produit d’une entreprise de Québec (Picomole qui oeuvre dans le domaine du “medical device” et a créé un outil qui détecte plusieurs maladies et intoxications par l’analyse du souffle des gens). 3 minutes à la fois, je convainc un néo-zélandais pdg d’une entreprise en bio med, un chercheur pakistanais, un chercheur chez Phillips qui est en UK, une dentiste colombienne, un ingénieur qui étudie au MIT, un investisseur des Émirats Arabes unis et le fondateur de BOSE de me donner 33M$.

Vous savez quoi? J’étais morte de peur et d’incertitude!! “My God…ils vont bien se rendre compte que je suis pas PhD ou meme ingénieure!”

1heure plus tard, j’étais :”CEO of Breatha, a cie selling the first accurate, simple, patented, roadside drug and alcohol testing device”. Mon équipe était formée de 7 personnes qui avaient choisi de se joindre à moi après ma minute au micro pour expliquer pourquoi c’était la meilleure startup depuis l’invention du pain tranché. Un néo-zélandais, un québécois, 3 écossais et un indiens formaient avec moi notre équipe de direction. “ouf! j’ai un ingénieur, un PhD, un gars de finance, 3 gars d’expérience en “medical device” et un entrepreneur qui a eu 5 compagnies. On devrait s’en sortir!”

Wow j’étais tellement fière! Pfff j’étais sur le toit du monde! La seule femme choisie parmi les 16 meilleurs de la soirée! Ha! Et c’est là que j’ai réalisé ce que ca voulait dire. Nous devions monter un plan d’affaire, de financement, faire une vraie recherche sur notre clientèle cible, une analyse compétitive et une démonstration scientifique. Ah oui, j’oublie de vous dire. Tout ca, en-dehors de nos cours. (allez revoir l’horaire de la semaine). Ca voulait dire 45 min sur le temps de notre lunch et les soirs jusqu’à 3h00AM s’il le fallait. Et pour rendre le tout plus intéressant, nous devions présenter le vendredi notre “elevator pitch” de 55 sec et notre plan d’affaire en 5 minutes devant public et panel de juges (incluant de vrais investisseurs et des entrepreneurs tels le pdg de Hubspot).

Dans ma tête résonnait le petit “poème” suivant sur le jeune entrepreneur (désolée, c’est en anglais mais bon, vivez avec :) ) :

Please make me CEO, please.

I wanna be CEO, oh I wanna be CEO.

Please make me CEO, please.

Hurray! I am CEO Hurray!

OH MY GOD! What am I gonna do now?!!!

Vous savez quoi? J’ai appris des TONNES de choses applicables sur l’entrepreneuriat technologique avec des cours sur le développement de produit, les états financiers, la stratégie de haut niveau, le marketing stratégique, etc. Mais ce que j’ai le plus retenu, ce sont ces 3 choses apprises entre 20h00 et 3hAM:

1. L’équipe fait la différence

2. Utilisez les réseaux sociaux (après mon appel à l’aide sur Twitter, des gens que je n’ai jamais encore rencontrés en vrai ont téléphoné à la SQ pour m’aider à mieux connaitre leur processus d’achat, juste pour m’aider. En plus, vous pouvez tester en live vos hypothèses sur les réseaux sociaux)

3.Fiez-vous toujours à votre instinct.

J’arrête ici pour aujourd’hui. C’était mon premier article sur mon nouveau Blog. En passant, je suis ouverte à vos suggestions pour un titre à ce fameux blog…

Et pour ceux qui se le demandent, Breatha est arrivé 2e à la compétition d’elevator pitch. (55 secondes pour convaincre un client stratégique de s’intéresser à notre produit). La réponse à la dernière ligne du poème est: entourez-vous de gens qui en savent plus que vous et assumez votre rôle de leader.

Mon équipe:

Isabelle








Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 71 followers